Plongée dans les coulisses de l’Enduropale d’Arnaud Demeester !


Le Touquet d'Arnaud Demeester

L’Enduropale du Touquet côté public, tout le monde connaît. Mais côté pilote, qu’est-ce que ça donne ? Puisque nous étions son sponsor, j’ai passé l’édition 2015 avec Arnaud Demeester, et je vous raconte comment cette légende du Touquet a traversé les trois jours de l’épreuve… Une expérience unique, à découvrir ici !

Il y a des noms qui résonnent rapidement quand on évoque une épreuve sportive. Quand vous parlez de l’Enduropale avec un passionné, celui d’Arnaud Demeester ne tarde pas à faire surface… Le pilote est tellement ancré dans le sable du Touquet que l’épreuve ne serait sans doute pas celle qu’on connaît sans lui. Vingt ans de participation, sept victoires, ça laisse des traces dans les esprits, et dans l’identité même du Touquet. Quand quelqu’un est entouré d’une telle aura, que même ceux qui n’ont jamais prêté une attention particulière à l’univers de « l’Enduro du Touquet » ont déjà eu vent (du Nord) de son nom, on peut légitimement le définir comme une légende. Et en tant que blogueur Motoblouz, j’allais bientôt la côtoyer. Vous avez dit chanceux ?

Arnaud Demeester et sa moto d'entrainement, à Loon Plage

Arnaud Demeester et sa moto d’entrainement, à Loon Plage

Chez Motoblouz, quand nous avons décidé de filer un coup de main à Arnaud Demeester pour l’Enduropale, nous nous sommes demandés comment nous pourrions partager avec vous cette expérience, au delà du simple sponsoring pilote et événement. Comment insuffler plus d’humanité dans ce partenariat ?
C’est Olivier, le responsable catalogue chez nous et photographe passionné (sous le nom de Zoll photographie, il signe les plus belles photos que vous pouvez trouver sur cet humble blog), qui a soumis l’idée à l’équipe : pourquoi ne pas vous faire voir côté coulisses l’Enduropale vécue par le grand Arnaud Demeester ? Un article de ce genre, écrit quelques années plus tôt autour de Jean Claude Moussé par le photographe Xavier Leporcher avait inauguré le genre. Franc, responsable tout terrain chez nous et cramé de courses sur sable, a tout de suite trouvé l’idée excellente.
En ce qui me concerne, puisque c’est moi qui devait m’y coller, j’étais à la fois séduit et intimidé par le principe. Mais j’ai évidemment fini par céder à l’envie, et nous avons contacté Arnaud pour savoir s’il accepterait de tolérer ma présence à ses côtés pendant les trois jours de l’épreuve. Ce qui ne manqua pas d’arriver. Et voici le condensé de ce que j’ai retenu de cet épisode unique dans mon expérience !

Arnaud pose à côté de sa Yamaha YZ 250 de 1988 pendant les vérifications Vintage

Arnaud pose à côté de sa Yamaha YZ 250 de 1988 pendant les vérifications Vintage

Enduropale, Jour 1 : Vers l’Enduro Vintage

Je l’ai retrouvé le vendredi matin au centre des vérifications. Il poussait sa Yamaha YZ 250 de 1988, au milieu des autres concurrents, pour les contrôles administratifs et techniques de l’Enduro Vintage. Il avance dans la file de motos, suivi comme son ombre par les mécanos du team Sherco.
Entouré de pilotes, on le sent dans son élément. Ces vérifications préalables à la course Vintage de l’après-midi réunissent surtout des participants d’expérience, et tous se connaissent. Les échanges sont fréquents et animés : on évoque les souvenirs, on compare les motos. « Ta Honda est toute neuve, elle n’a pas dû beaucoup rouler ! » lance Arnaud d’un ton moqueur à un copain qui semble effectivement sortir sa vieille Honda XR 400 d’un coffre-fort.
Dans le même temps, le staff de bénévoles procède aux vérifications d’usage. Le plus impressionnant : le passage au sonomètre de sa YZ, où il fait rugir le deux-temps pour assurer que le niveau sonore ne dépasse pas le seuil autorisé. Pas de souci, on lui remet le petit certificat tant attendu.

Passage au sonomètre, le 2-temps rugit !

Passage au sonomètre, le 2-temps rugit !

La star du Touquet

Toute l’équipe prend la direction du parc moto, où les machines seront stockées sous bonne garde jusqu’au lendemain afin de s’assurer que les pilotes n’apportent pas de modification non réglementaire à leur monture. Sur le chemin, tous les dix mètres, Arnaud est reconnu, appelé, salué. Plus l’endroit est fréquenté, plus la progression est lente. À travers la foule, on ne fait qu’attendre. Il connaît tout le monde. Mais surtout, tout le monde le reconnaît. Les badauds le saluent, lui expriment leur admiration, se souviennent de la dernière fois où ils l’ont aperçu, demandent un autographe sur leur casquette ou leur maillot. Arnaud est habitué, et fait preuve d’une grande patience. Il est affable avec tous.

Un autre participant de l'enduro Vintage demande à Arnaud de signer son dossard

Un autre participant de l’enduro Vintage demande un autographe au Sandman

Mètre après mètre, on arrive au parc moto. Il béquille sa Yam’ en première ligne. Alors qu’il discute mécanique avec un participant qui vient de garer sa moto à coté de la sienne, Kees Van Der Ven s’approche. Rencontre au sommet ! L’autre grand champion du Touquet‬ – il y cumule pour sa part cinq titres – prendra également le départ. Le gratin des quarante ans de l’Enduro du Touquet est là, sous mes yeux !

Arnaud discute avec Kees Van Der Ven, une autre légende du Touquet

Arnaud discute avec Kees Van Der Ven, une autre légende du Touquet

Une minute plus tard, Céline Rousseau, une journaliste de France 3 Nord qui lui avait donné rendez-vous, le capture avec son micro. Le temps que la synchro soit établie avec la chaîne et Arnaud est interviewé en direct, sous l’œil de la caméra.

Interview expresse avec France 3 Nord

Interview expresse avec France 3 Nord

Pendant ce temps, le petit Evan, le plus jeune des fistons d’Arnaud, garde les affaires de son papa : casque, papiers, etc. L’Enduropale, c’est une histoire de famille pour les Demeester. Des enfants au grands parents, toute la cellule familiale l’accompagne au Touquet, met la main à la pâte et redouble d’encouragements aux moments critiques. Evan m’expique qu’il appartient lui aussi à la grande famille des motards : il s’entraîne comme son père, mais sur une KTM 85 cm³, et il adore ça !

Evan, le fils d'Arnaud

Evan, le fils d’Arnaud

Enduro Vintage, top départ !

Un peu après le déjeuner, je retrouve Arnaud sur la ligne de départ de la course vintage. Il refait le niveau de son réservoir avec un bidon d’un litre qu’il a transporté dans un sac plastique jusqu’à la ligne, à travers la ville. Arnaud est détendu, ça se sent. Il échange avec ses voisins, salue les journalistes.

Arnaud, sur la ligne de départ de l'Enduro Vintage

Arnaud, sur la ligne de départ de l’Enduro Vintage

Mais une course reste une course, et quand les commissaires annoncent qu’il ne reste que quelques secondes avant le départ, la tension monte… Gaz en grand, la grosse centaine de pilotes décolle dans un nuage de fumée bleue que le vent tarde à chasser. Arnaud enquille sec et semble survoler le sable. Bien assis dans les virages, il évolue pourtant avec légèreté. Une légèreté telle que Sandman s’autorise une belle deuxième place en première manche ! La mécanique en décidera autrement en seconde manche : la boite casse, arrêtant net le pilote en marche vers un autre podium. Pas de chance.
L’essentiel, c’est qu’Arnaud soit indemne pour la « vraie » course du dimanche, l’Enduropale, la seule, l’unique.

Arnaud, un peu avant que sa Yamaha ne rende l'âme

Arnaud, un peu avant que sa Yamaha ne rende l’âme

Quelques instants plus tard, sur le paddock, le team s’interroge sur l’origine de la panne. Mais le débriefing est rapide : les esprits sont déjà tournés vers le lendemain pour les derniers préparatifs de la Sherco.

En soirée, la conférence de presse officielle

Au micro de Francis Magnanou, pendant la conférence de presse

Au micro de Francis Magnanou, pendant la conférence de presse

18h30 : La conférence de presse officielle de l’Enduropale débute. Arnaud est invité sur scène pour un long moment, comme pour asseoir son rôle de pilier de l’Enduropale, sous les chaleureux applaudissements du public, exceptionnellement convié à se joindre à la fête pour cette édition bien spéciale. Francis Magnanou, speaker bien connu de ceux qui suivent les gros évènements moto, le mitraille de questions.

Il est bientôt rejoint par une bonne partie des vainqueurs de l’Enduro du Touquet, des débuts à aujourd’hui. Le tableau est impressionnant. Parmi eux, Adrien Van Beveren, vainqueur en 2014, et bien parti pour marquer à son tour le palmarès du Touquet ! Daniel Fasquelle, le député-maire du Touquet-Paris-Plage, remet à tous une médaille d’honneur (dorée à l’or fin !), en remerciement de leur implication pour l’Enduropale. On sent Arnaud Demeester ému.

Arnaud sur la scène du Palais des Congrès du Touquet

Arnaud sur la scène du Palais des Congrès du Touquet

Enduropale, Jour 2 : Arnaud, une valeur sure pour les media

Samedi matin, nous nous retrouvons aux abords de la piste. Le départ de l’Enduropale Junior a été donné, et Arnaud est affairé le long de la ligne droite des stands avec Ingrid, sa femme. Le couple file un coup de main au team Sherco Academy, dirigé par Didier Valade. Ils gèrent le panneautage pour informer au mieux Jimmy Cossus (le jeune espoir du team) de sa progression. Au ravitaillement, il prodigue ses conseils au jeune pilote.

Au panneautage pour Jimmy Cossus, pilote de la Sherco Academy

Au panneautage pour Jimmy Cossus, pilote de la Sherco Academy

À une heure moins le quart, Arnaud m’a donné rendez-vous devant son camping car, afin que je l’accompagne jusqu’au contrôle technique. J’arrive un quart d’heure plus tôt, tranquillement, en mâchouillant mon sandwich frites/fricadelle. J’ai eu le nez fin : avec deux membres du team, il est déjà en train de charger la Sherco dans un fourgon pour l’emmener au centre tennistique, où est de nouveau basé le contrôle technique, pour l’Enduropale cette fois. C’est la course, et pour cause, Arnaud est attendu pour une interview. Malgré tout, l’ambiance est toujours aussi détendue. On sent bien qu’il n’est plus question de gagne. L’idée, c’est de développer la moto, de se faire plaisir.

Pose du bracelet pilote

Pose du bracelet pilote

L’esprit de compétition, réservé au circuit

On débat de la course Vintage. On ne l’y reprendra pas ! Si l’Enduropale Vintage reste au programme en 2016, il assure qu’il prendra le départ sur un 500 2-temps, le summum question puissance, histoire de faire la différence.
Les blagues volent. Les conseils s’offrent. Il explique à Louis Lequette, un autre pilote Sherco qui n’est pas satisfait de ses réglages comment obtenir le meilleur de ses suspensions avant. Les années de pratique parlent sans entrave. L’esprit de compétition est borné par le top départ et le drapeau à damier, au-delà de ces limites, c’est la franche camaraderie qui règne en maîtresse. L’esprit bon vivant et jovial des nordistes, cet homme plutôt discret l’incarne parfaitement quand il baigne dans cet univers qu’il connaît bien.

Arnaud bâche consciencieusement la Sherco avant de la laisser au parc moto

Arnaud bâche consciencieusement la Sherco avant de la laisser au parc moto

Comme toujours, la presse est à ses trousses. Du contrôle technique jusqu’au parc moto, les journalistes de la presse sportive, des quotidiens régionaux et autres journaux moto se succèdent. Ils l’interrogent bien sûr au sujet de la course à venir. Mais quand on a affaire à un tel expert de l’Enduropale, on aborde aussi des thématiques d’ordre plus général : organisation, technique moto, évolution de l’épreuve dans le temps, etc. Arnaud est invité à donner son avis sur tout ce qui fait la vie du Touquet pendant ce week-end chargé.

Une interrogation revient souvent : « L’Enduropale, est-ce que c’était mieux avant, quand le tracé passait dans les dunes ? » Le pilote expérimenté s’appuie sur la qualité d’écoute des organisateurs (Bernard Baudoux, Président de l’organisation, qui annoncera d’ailleurs quelques jours plus tard qu’il tirera sa révérence, et David Hauquier, Directeur Sportif) pour justifier que l’épreuve présente chaque année un peu plus d’intérêt. Puisqu’ils se soucient des doléances de ceux qui prennent le départ, ils savent tirer les leçons des écueils rencontrés au fil des années, et optimiser le tracé pour satisfaire le maximum de monde.
Pas d’air hautain quand il prend la parole, pas de vérité absolue assénée, pas de critique non étayée : Arnaud explique bien qu’il ne s’agit que de son avis. Il prend le temps de répondre, même s’il n’est pas en avance.

Interview dans le calme du parc moto

Interview dans le calme du parc moto

Pas en avance, c’est un euphémisme : Arnaud doit se rendre sur le plateau de France 3 Nord, où il a rendez-vous… il y a un quart d’heure ! Il se dirige vers le scooter de son grand fils, qu’il a emprunté le temps du week-end, pour naviguer d’une zone stratégique à l’autre. Il me tend un casque, que j’enfile fébrilement : je vais être passager du Grand Arnaud Demeester !

En route vers le studio

On se faufile entre les voitures. Le pilote pousse quelques jurons contre les caisseux qui se traînent. Moi, j’hallucine, et je m’agrippe. J’espère qu’on trouvera sur notre route un gros ralentisseur pour que je voie ce que peut donner un saut drivé par le Sandman ! Hélas, il ne se présentera jamais… On s’approche de la digue, et on traverse la foule au pas. « Tiens, c’est Arnaud Demeester ! » Même avec son casque, le pilote est détecté, c’est tout bonnement incroyable. Les Champions du Monde d’Enduro ici présents, aussi brillants soient-ils, n’ont pas droit à ce traitement.
Arnaud gare le Yamaha Aerox 50, et s’engouffre sur le plateau. La chaîne régionale organise comme souvent une émission thématique live depuis le Touquet. Si vous voulez revoir son intervention, l’émission est encore disponible en replay pour quelques temps.

Sur le plateau de "Samedi et vous", l'émission de France 3 Nord

Sur le plateau de « Samedi et vous », l’émission de France 3 Nord

On passe par le camping car familial, où Arnaud se synchronise avec sa petite famille au grand complet. Puis, on se dirige vers la place du centenaire, rejoindre les amis. Arnaud pointe du doigt les plus beaux camping car et m’explique qu’il est fondu de ces véhicules. Une autre passion. Il n’y a pas que la moto dans la vie ! « Dès que je peux, je revends mon monobloc, et j’achète un poids lourd aménagé comme celui-là. J’en prendrai un géant, avec un compartiment intégré pour la voiture ! » D’ailleurs on s’approche de l’un d’entre eux, et Philippe, ami d’Arnaud qui le suit depuis des années sur le terrain, frappe à la porte pour demander au propriétaire néerlandais dans un anglais approximatif si Arnaud peut visiter son splendide motorhome. Sympa, l’homme accepte bien volontiers et Arnaud, tout gêné de cette initiative, grimpe les marches pour explorer l’intérieur de la bête avec mille précautions.

Visite improvisée d'un camping car sur le paddock

Visite improvisée d’un camping car sur le paddock

Quelques instants de détente

On reprend la marche vers le Centenaire, célèbre bar du Touquet, une institution locale. On finit par trouver une place dans ce bistrot bondé (facile quand on est accompagné par Arnaud, qui connaît tout le monde), et on se serre autour de la table. Sont présents les membres du team Sherco, accompagnés pour certains de leurs conjointes. Ingrid est de celles-là.
Il est question de la moto, de mécanique, d’optimisation moteur. Les mécanos en profitent pour faire des suggestions aux interlocuteurs de l’usine nîmoise. Philippe (encore lui) est aussi mécanicien d’une concession BMW moto du coin et met la main à la pâte sur le stand ; il propose par exemple un aménagement astucieux pour le montage du filtre à air. Il est écouté attentivement par Arnaud Thorez, Manager du team. Tournée du patron, qui rince à tour de bras. Les esprits s’échauffent, les faits d’armes mémorables, au guidon ou à l’atelier, s’enchaînent comme les verres. Arnaud, lui, tourne au Pago Mangue, épreuve de demain oblige. On ne transige pas avec la forme !
Je laisse la troupe se disperser vers un repos bien mérité. Rendez-vous demain, auprès de son camping car, avant le grand départ.

Sandman, le surnom d'Arnaud

Sandman, un surnom qui traduit l’addiction du pilote pour les terrains sabloneux

Enduropale, Jour 3 : La tension monte

Je frappe à la porte du camping car, une heure avant qu’il parte rejoindre les autres pilotes au parc moto. Ingrid m’ouvre la porte. Arnaud est assis, l’air un peu grave. Je demande des nouvelles. Il me répond que tout va bien, mais il me paraît tendu. Il semble en pleine phase de concentration, au milieu des siens. Je sens que je suis de trop, et je m’éclipse en lui disant que je l’attendrai au parc moto à l’heure H, pour le départ dans la ville.

J’y suis avant l’heure, la foule est déjà immense. On parle de 300 000 personnes au Touquet sur le week-end, beaucoup sont regroupées autour de l’enclos pour voir les 1 200 motos s’élancer à travers la bourgade côtière pour rejoindre le front de mer. Les engagés, eux, sont presque tous là, mais Arnaud est aux abonnés absents. Bernard Baudoux, ordonné speaker, presse les pilotes de couper leur moteur pour la traditionnelle bénédiction des motos. L’excitation est à son comble, nombreux sont ceux qui ne l’écoutent pas. Les mécréants ! Le briefing des pilotes est sur le point de débuter et Arnaud n’est toujours pas là… Je finis par m’inquièter. À tort, il arrive enfin, au guidon de l’Aerox.

Arnaud s'installe sur la moto au parc moto

Arnaud s’installe sur la Sherco au parc moto

La course, la vraie !

Le tableau est étonnant : un scootériste équipé pour un Enduro, vous ne me contredirez pas, c’est atypique ! Il gare le deux-roues de son fils, et file débâcher la Sherco, avant d’y prendre place nerveusement. J’ai l’occasion d’admirer une nouvelle fois son ensemble Kenny, où figure sur les manches le logo Motoblouz. Juste le temps de dégainer l’appareil photo, puis je m’empresse de rejoindre au petit trot la ligne de départ. J’arrive en nage, mais mes efforts ne sont pas vains : je vois la nuée de motos débarquer sur la plage et se précipiter vers le milieu de l’interminable ligne de départ pour s’octroyer les plus belles places. Arnaud a réussi à bien s’imposer. Il me fait signe, et j’immortalise la scène.

Sur la ligne de départ de l'Enduropale

Sur la ligne de départ de l’Enduropale

Encore quelques secondes… Top départ ! Une vague de motos hurlent leurs chevaux pour l’eldorado du holeshot. 1 200 machines, un record, une folie. Un spectacle incroyable, qui subjugue même ceux qui n’y connaissent rien à la moto. À voir un jour si vous ne connaissez pas ! Le pilote Motoblouz se perd vite dans la masse. Je me précipite au bord du circuit pour le cueillir au premier passage.

La belle remontée

Le peloton de tête arrive vite. Arnaud est dans le top 20. Il entame une grande remontée vers le haut de grille. Comme vendredi, il surfe sur le sable, tout en légèreté. Comment ce petit homme cabossé par les années de pratique peut-il mener si lestement une moto de cross ? Il suffit de le regarder rouler pour trouver réponse à cette question. Au-delà du physique, le savoir faire domine. Comme un forgeron aguerri dompte la métal avec moins d’efforts qu’un jeune apprenti dépensant sa vigueur à tort et à travers, Arnaud pilote sa moto avec une économie de mouvement impressionnante. Chaque geste est mesuré. La fiabilité de la machine y gagne.

Un bouchon phénoménal se produit peu après le départ

Un bouchon phénoménal se produit peu après le départ

Son goût pour le deux-temps s’explique notemment par cette qualité, comme il me le précisait plus tôt : « Je recommande à tous ceux qui ne sont pas des pilotes de haut niveau de prendre le départ du Touquet avec une moto 2-temps. Les performances brutes sont moins marquantes, mais la machine est plus douce et légère à manier. Cela permet de repousser les effets de la fatigue, contrairement au 4-temps qu’il faut dompter« .

La Sherco a rendu son dernier soupir

La Sherco a rendu son dernier soupir

En dépit du bouchon phénoménal qui obstruera le circuit dès le premier tour, il parvient ainsi à tirer son épingle du jeu. Les leaders rendent la main les uns après les autres, pour cause de casse moteur. Cette course mythique, qui éprouve les pilotes, pousse aussi la mécanique jusqu’aux dernières limites. Mais cette année, on n’hésitera pas à parler d’hécatombe tant les déçus qui termineront leur dernier tour en poussant la moto seront nombreux, surtout dans le haut du classement. Le tracé exigeant ? Le sable lourd ? La raison reste inconnue, mais elle permet à Arnaud d’accrocher la cinquième place ! Hélas, à 40 minutes de la fin, la Sherco rendra elle aussi son dernier soupir.

Arnaud regagne le paddock apied. Fin de l'aventure... pour cette année !

Arnaud regagne le paddock apied. Fin de l’aventure… pour cette année !

Fin de la course… mais pas de l’aventure !

La déception est grande pour Arnaud. Je le vois marcher, au loin, le long de la piste, le regard perdu dans le sable. Je le rejoins un peu plus tard dans le paddock. Il débat déjà avec son équipe de l’origine du problème. « Plus d’eau dans le circuit » annonce l’un des mécanos. La surchauffe aura eu raison des espoirs du team. Le comble, par un froid de canard pareil. Un joint farceur serait à l’origine du problème. Trois fois rien en somme. Plutôt que de plomber l’ambiance, cette nouvelle allège les cœurs : la mécanique n’est pas en cause ! Les visages s’illuminent.
Didier Valade tend sa main vers Arnaud et proclame solennellement : « Arnaud Demeester, on ne peut par rester sur un échec. On remet ça l’année prochaine ! » Une poignée de main virile signe le contrat oral. C’est reparti en 2016, mais avec une machine de toute nouvelle génération, un deux-temps injecté, dont Sherco développe le prototype actuellement !
La France rendra-t-elle ses lettres de noblesse au 2-temps ? La réponse en 2016, au Touquet, avec Arnaud Demeester comme ambassadeur…

Encore merci à lui d’avoir accepté notre proposition, et pour son accueil !

Une partie du team Sherco débriefe après la course

Une partie du team Sherco débriefe après la course

Loïc
Photos Zoll Photographie et Motoblouz – droits réservés

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Loïc

Rédacteur et testeur pour Motoblouz, je suis l'extra-terrestre qui attend impatiemment la pluie pour mettre à l'épreuve l'étanchéité d'une veste ou d'une paire de gants... Fan inconditionnel de routes à virages, la moto est pour moi un moyen d'évasion comme un moyen de transport.

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