Visite : Furygan, la passion du cuir moto


Furygan. Une marque bien connue de tous les motards, qui véhicule une image forte, cultivée notamment par l’identité caractéristique de ses produits, et par sa communication un peu brute de décoffrage. Autant vous dire que je m’attendais à devoir faire face à mon lot de barbus tatoués, de filles insoumises en bikinis et autres stunters sous l’emprise de stupéfiants quand j’ai appris que j’allais avoir la chance de visiter les locaux nîmois du fabricant. Et finalement, ce petit tour du propriétaire en compagnie de David, responsable com’ chez Fury, m’a démontré une fois de plus que l’habit ne fait pas le moine !

UNE HISTOIRE MOUVEMENTÉE

Pourtant, quand on se penche sur l’histoire mouvementée de la petite société du Gard, on se rend compte que la rébellion est bien ancrée dans ses gènes. C’est ainsi un clash entre les frères Segura qui pousse l’un d’eux, Jacques, à lui donner naissance en 1969. Cet épisode est d’ailleurs gravé dans le nom de la marque : « Fury », c’est pour furieux ! Et « gan », alors ? La fabrication de gants en cuir (toutes activités confondues) était son cœur de métier les premières années… Furygant – car telle était son orthographe à ses débuts – proposait des gants dédiés au ski jusque dans les années 80. Pour autant, la moto occupe très rapidement une place de choix dans la gamme, ce qui fait du fabricant français l’un des plus anciens fournisseurs d’équipement présent sur les pages de Motoblouz !

Coluche, égérie mythique de Furygan

Le logo Furygant historique, mais finalement proche du logo actuel

Les épaules matelassées, marque de fabrique de Furygan sur ses premiers blousons

Passage dans les archives. David entrouvre respectueusement quelques classeurs renfermant les coupures de presse et autres pages de pub historiques. Autant de témoignages saisissants des choix de Furygan en termes de communication. Très vite, l’image de la marque se révèle aussi audacieuse qu’aujourd’hui, avec comme point d’orgue la célébrissime photo de Coluche cuirassé de sa combinaison motarde Fury présidentielle, qui a marqué l’inconscient collectif des motards. Respect pour ce coup de maître qu’on voit encore parfois passer sur nos murs Facebook !

AU-DELÀ DE LA COM', LE SAVOIR-FAIRE

La rage et l’audace guident donc les pas de Fury. Sans oublier le sport, grâce aux pilotes qui l’aident à faire avancer son équipement tout en lustrant son blason sur les circuits. Ne me dites pas qu’il vous avait échappé que Johann Zarco, notre Champion du Monde Moto2 en 2015, roulait en Furygan ?! Ils sont des dizaines, comme lui, à arborer une panthère sur leur combinaison. Mais en ce qui me concerne, ce n’est pas non plus ce que je retiendrai le plus de ces quelques heures passées ici. Ce qui m’a surtout semblé transpirer dans ces locaux, c’est l’expérience. Je dirais même plus, le savoir-faire.

La mise en forme des patrons se fait à l'ancienne

Une quarantaine de personnes s’affairent ici, représentants expérimentés de métiers en voie de disparition en France, flirtant avec l’artisanat. Certains, comme Marie-Sylvie, modéliste, cumulent quelques décennies d’exercice au service de Furygan. Clé de voûte opérationnelle, elle transforme les croquis immatériels en patrons tangibles. Sur la base du travail du designer, elle élabore un prototype de carton en 3D pour chaque produit, en taille L. Elle le découpe en patrons, tout de suite convertis en patrons numériques via un scanner, puisque le processus de découpe est majoritairement automatisé. Marie-Sylvie supervise également le gradage des différentes pièces des vêtements, c’est-à-dire leurs déclinaisons suivant les tailles proposées. Notez que la surface des pièces n’augmente pas proportionnellement : à titre d’exemple, un gabarit 4XL n’a pas les bras beaucoup plus longs qu’un 2XL, en revanche son tour de taille se révélera bien supérieur…

LE TRAVAIL DU CUIR "A L'ANCIENNE"

On descend à l’atelier, qui concentre le plus de personnel. J’y rencontre Éric, chef de coupe, 40 ans de maison. Avec son équipe de traceurs, il examine les peaux en provenance d’Amérique Latine qui finiront sur votre dos, puis indique visuellement à coups de marqueurs les zones du cuir à réserver à un usage précis ou à éliminer. Certaines présentent de simples défauts d’aspect et seront cachées sous un écusson, au-delà d’une couture, etc. D’autres, plus élastiques, sont réservées à la fabrication de soufflets, où cette propriété est appréciée. Éric me parle avec les yeux brillants des différentes variétés de cuirs utilisés dans l’équipement motard, de leurs spécificités, des essais effectués avec d’autres peaux… 40 ans de boîte, et toujours autant de passion, ça vous rend humble.

La Taurus, une table de découpe du cuir automatisée

Le logiciel de la Taurus dispose automatiquement les pièces pour limiter les chutes de cuir

Une fois que l’œil expert des traceurs à survolé toute la peau, les coupeurs, comme Eli, prennent le relais. Eux qui exécutaient cette tâche à la main par le passé en cèdent maintenant la majeure partie à « la Taurus ». Cette machine se base sur les patrons numérisés par Marie-Sylvie pour limiter les pertes en ajustant le maximum de pièces de cuir par peau (voir photos dans la galerie). Elle procède ensuite à la découpe de façon automatisée, en un temps record. Mais les coupeurs ont toujours sous la main leur outil de découpe fétiche, une simple lame montée sur un manche et affûtée à la lime tous les matins ! Ils sont en effet souvent sollicités dans les cas les plus délicats, ou simplement parce qu’une pièce à été oubliée ici ou là. Les découpes les plus complexes, à l’instar de la panthère ou du « Furygan » qu’on retrouve sur les blousons et combinaisons les plus sportives, c’est Laurence qui s’en charge à l’emporte-pièce. Avec assurance, elle pilote la presse hydraulique d’une main et le moule forgé par un artisan du coin de l’autre. Une fraction de seconde, et l’élément est parfaitement découpé. Elle dispose d’un impressionnant stock de formes pour couvrir tous les modèles.

DE LA DÉCOUPE A L'ASSEMBLAGE

Ça y est, toutes les pièces du blouson que je suis depuis le traçage sont découpées ! Mais le travail n’est pas fini… Nadine supervise pour sa part le contrôle visuel de chaque pièce. Elle connaît sur le bout des doigts la composition de tous les modèles dispo au catalogue. Ce qui, pour vous, ne ressemble à rien d’autre qu’un simple rectangle de cuir éveille chez elle un nom et un emplacement précis ! Elle effectue une vérification rapide de toutes les pièces, les décompte pour s’assurer qu’il n’en manque aucune et procède au parage de certaines d’entre elles. En d’autres termes, elle amincit le bord du cuir pour autoriser les coutures complexes sans perdre en souplesse.

L'emporte-pièce de Laurence à l'oeuvre

Travail sur la combinaison d'un pilote Fury

Et l’assemblage des pièces ? Il reste des couturières (ou piqueuses comme on les nomme ici) à Nîmes, qui œuvrent sur les combinaisons destinées aux pilotes que Furygan sponsorise, soit environ 150 combardes par an, à raison de quatre jours de main d’oeuvre chacune. Les prototypes et autres échantillons sont également cousus par leur soins. En ce qui concerne les combinaisons, blousons et pantalons de cuir vendus sur Motoblouz, ils s’avèrent pour leur part assemblés dans l’usine de Furygan en Tunisie, pays qui dispose au demeurant d’une véritable tradition dans les métiers du cuir, comme le signale David. Même constat pour le tannage des peaux, effectué en Italie. J’allais oublier le SAV : si vous nous avez déjà renvoyé un vêtement Furygan victime d’un souci, il est lui aussi certainement passé entre les mains des couturières avant que nous vous le retournions !

Tous les produits reviennent à Nîmes, où ils sont soumis à un dernier contrôle par une équipe dédiée à la qualité. Le moindre défaut est traqué, et fait l’objet d’une réparation sur place si nécessaire : les taches les plus modestes sont nettoyées, les fils volages soignés, les zips testés, etc. Ça occupe du monde ! Les produits sont ensuite stockés, mais il n’attendent jamais très longtemps avant que le service expédition ne les charge dans un camion.

LE MOTION LAB, POUR L'ÉTUDE ET LA CERTIFICATION

Je termine la visite par le « Motion Lab ». Ce petit atelier, logé entre deux bureaux, est réservé à la recherche et aux tests techniques sur les matériaux employés dans les produits. Autant pour évaluer l’efficacité d’une innovation dédiée au confort, les motards de la boîte sont mis à contribution, y compris David Segura – le fils du fondateur est un fervent apporteur d’idées pour améliorer ses produits. Autant quand il s’agit de sécurité, il faut faire appel à des bancs de test pour mesurer le niveau de protection. On retrouve ici les outils et les protocoles de test des laboratoires d’homologation, ce qui permet aux équipes de développement de s’assurer que ceux-ci sont aptes à être envoyés pour certification.

Un logo tracé à la main sur une table de couturière

Et le service de développement s’en sert également pour tester en amont les matériaux, avant qu’on les retrouve sur les produits de la marque : contrôle de la résistance à l’abrasion, au déchirement, de l’amortissement des impacts, ils sont mis à l’épreuve sous toutes les coutures ! Voilà qui conforte ce que me soutient David depuis le début de la visite : l’innovation, c’est l’une des clés du succès de Furygan. Depuis les épaules matelassées qu’on ne retrouvait que sur les premiers blousons moto Furygan parce que très techniques à mettre en oeuvre, la marque a inventé la doublure isolante thermo-alu, a été la première à faire certifier l’ensemble de gamme en tant qu’EPI… Donc OK, cette affirmation n’est pas galvaudée !

FURYGAN, UNE MARQUE DE PASSIONNÉS

« Alors, qu’est-ce que t’as vu de beau chez Furygan ? » Si je devais répondre à cette question, je parlerais en premier des gens qui y travaillent, parce que l’image de marque qui nous est familière ne serait pas grand-chose sans leur savoir-faire. De la réflexion sur les innovations que comporteront les prochaines générations de produits au travail du cuir, le dénominateur commun que j’ai relevé, c’est la passion du métier. C’est super de trouver ça aujourd’hui chez un fabricant d’équipement moto. Vous voyez, tous ne délèguent pas l’ensemble de leur fabrication en Asie pour maximiser leurs revenus !

Si vous avez des questions complémentaires sur ma visite, n’hésitez à pas à les poser dans les commentaires ci-dessous, j’y répondrai au plus vite.

Merci à David pour le temps qu’il m’a accordé.

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Loïc

Rédacteur et testeur pour Motoblouz, je suis l'extra-terrestre qui attend impatiemment la pluie pour mettre à l'épreuve l'étanchéité d'une veste ou d'une paire de gants... Fan inconditionnel de routes à virages, la moto est pour moi un moyen d'évasion comme un moyen de transport.

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3 commentaire(s)

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  1. Johann 7 juin, 2016 at 04:17 Répondre

    Sympa la visite, mais dommage que quasiment plus rien fait en France, comme pour les casques SHARK ;
    Le R & D local, c’est bien mais bon, la fierté nationale en prend un coup.
    Je suis quand même très content de mon Furygan MANGUSTA acheté sur motoblouz, seul détail à revoir: les ouvertures des poches latérales sont bien trop petites pour y glisser une main, avec ou sans gant !

  2. Thibaut 2 mai, 2016 at 07:15 Répondre

    Le SAV au top je confirme, c’est assez rare pour le souligné, une chute et hop on répare sur devis dans un délai raisonnable. Très content de leur produits. Même avis sur les gants par contre qui s’usent vite au niveau des coutures.

  3. Florent 7 avril, 2016 at 16:35 Répondre

    Hello,
    Merci pour l’article, c’est très intéressant cette vue « inside ».

    Mais même étant un inconditionnel fan, la qualité des coutures, notamment des gants, n’est pas top. Même sur les versions hauts de gamme ou j’en suis à ma 3 paire en … 4 ans.

    bye

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