Visite : Dainese, entre tradition et innovation


Auréolée d’innombrables victoires, portée par les plus grands noms de la compétition moto, reconnue par tous pour la qualité et le style de ses produits, Dainese, ce n’est plus un nom, c’est une légende, qui mêle cuir et compétition. Mais qu’est-ce qui se cache derrière la tête de diavolo stylisée que chacun d’entre nous sait reconnaître ?Visite guidée à travers les installations italiennes de la marque !

Certains matins, on a moins de peine à se lever que d’autres. C’est le cas ce lundi 23 mai : j’ai rendez-vous chez Dainese pour une visite des différents sites de la marque italienne – tout ça pour vous, chers lecteurs !

Comme tous les visiteurs, je traverse le hall d’entrée de la société sise à Vicenza, à quelques encablures de Venise. Dans cette monumentale pièce moderne et minérale sobrement imprimée du logo Dainese, on se sent tout petit, un peu écrasé par le mythe. Dans un coin, les fauteuils en cuir aux couleurs de Barry Sheene et de Luchinelli invitent plus à une respectueuse admiration qu’à un vautrage en mode relax

Bref, je suis déjà impressionné !

Un fauteuil aux couleurs de Barry Sheene, dans le hall de Dainese

L'ENTREPÔT, EN GRANDE PARTIE AUTOMATISÉ

Pas le temps de s’ébahir : Nicole, en charge des relations publiques, ma guide du jour, m’invite à la suivre entre les murs de béton. On commence la visite par le service logistique. Vous vous demandez peut-être quel est l’intérêt de jeter un œil à dédale de cartons et de palettes… Eh bien vous allez voir que le site mérite le détour. Parce que même si, chez Motoblouz, la logistique fait aussi partie de notre métier, j’ai été proprement bluffé par la gigantesque installation, et surtout parce qu’ici, la plupart des opérations est gérée par un cerveau électronique ! Effectivement, on croise peu de monde dans les 2 700 m² d’entrepôts, surtout occupés par des cages remplies de boîtes de produits taguées Dainese et AGV, des portants de vestes et autres combinaisons, des chaînes automatisées et quelques chariots élévateurs robotisés.

Rien de tel qu’un exemple pour se représenter le fonctionnement de ce service par où transitent la plus grande partie des produits distribués de par le monde. Un blouson Dainese arrive d’abord de l’usine de fabrication via la réception, où il est examiné par le service qualité, avant d’être rangé dans une cage métallique – qui remplace ici les palettes en bois. Les cages sont prises en charge par l’un des chariots élévateurs autonomes (ceux que j’ai aperçus étaient peints aux couleurs de Rossi et d’Agostini !) qui les portent jusqu’à la chaîne automatique. Celle-ci achemine les cages dans la zone de stockage, un gigantesque cube de près de 30 mètres de haut sobrement surnommé « le cube » (sans blague !), afin qu’un autre robot la stocke dans l’une des centaines de cases.

Un beau jour, une commande comprenant notre blouson est mise en colis. Le préparateur de commande se sert dans les cages qui lui sont automatiquement apportées par la chaîne en sens inverse, dont celle qui contient ledit blouson. Il dispose le carton rempli sur la chaîne d’expédition, qui le scelle, l’affranchit et le dispatche vers la zone de collecte du transporteur choisi sans intervention humaine… Cette impressionnante installation, dont la construction a débuté en 2003, permet un gain de temps conséquent et minimise les erreurs de préparation.

LE SHOWROOM, ÉCRIN MODERNE POUR LA GAMME

Les bottes Torque In de Rossi

Nos pas nous portent ensuite vers le showroom. Comme dans l’entrée et l’entrepôt ultramoderne, les volumes se montrent ici à l’échelle de l’aura de la marque. Mais ce hall de présentation de la gamme Dainese aux proportions spectaculaires dispose de quelque chose en plus, d’un caractère bien spécial.

Lino Dainese, l’auguste fondateur éponyme, est un fan d’art contemporain, et on sent bien sa patte dans l’agencement général et le choix des matériaux. Dans cet univers dominé par le gris du béton et les reflets métalliques, l’équipement au coloris chatoyant ressort plus que jamais.

La pièce est aménagée de façon à ce que sa disposition rappelle à l’humble visiteur une cage thoracique vue du dessus, chaque rangée de présentoirs symbolisant une côte. L’idée étant de mettre en exergue la vocation de protection du corps humain qu’a embrassé Dainese. Depuis sa création 1972, le gros du travail de développement s’est en effet concentré sur la sécurité du pilote.

Quelques exemples concrets : la marque à la tête du démon de la vitesse commence ainsi à travailler sur la première dorsale du marché en 1978, en collaboration avec Barry Sheene, pilote britannique star de l’époque. En 1982, le fabricant introduit les premiers renforts pour les genoux. De même il étudie sa première ébauche d’airbag pour motard dès 2000. Et je passe sur tous les brevets accumulés par l’Italien…

Ces innovations sont donc systématiquement testées sur piste avant d’être disponibles sur le marché. Nicole me signale que cette symétrie entre les produits commercialisés par Dainese et l’équipement porté par les pilotes sponsorisés par la marque va encore plus loin que ça. Elle saisit un casque AGV Pista GP de série sur un présentoir racing, et m’explique qu’il est identique en tous points à celui porté par Valentino Rossi, qui ne demande qu’un léger ajustement des mousses de joue.

L'EMPREINTE INDÉLÉBILE DE ROSSI

Nicole n’a pas choisi cet exemple au hasard. Le pilote italien le plus populaire de sa génération est omniprésent chez Dainese. Ici une combinaison portée par le pilote exposée, là son casque coupé pour mettre à jour sa conception, plus loin les gants replica du Pilote, suivi d’une toile sérigraphiée avec le portrait de VR46…

En multipliant les titres en catégorie reine, Rossi a largement contribué à construire l’image de la marque depuis qu’il a signé son premier contrat de partenariat voilà seize ans.

Connu pour être quelqu’un de très méthodique, le Doctor note régulièrement son ressenti dans un carnet, dans lequel il pioche pour remonter son expérience à l’équipe de développement Dainese. Il aurait d’ailleurs pris une part « décisive » au développement du D-Air, le système d’airbag développé par Dainese pour les pilotes, et qu’on voit aujourd’hui décliné pour la route.

Une combinaison de Valentino Rossi sur le point d'être réparée

Ses combinaisons occupent une bonne place dans la collection de Dainese, les archives comme on les appelle ici. Autant vous dire que je suis déçu de n’avoir pas pu déambuler dans les allées de ce véritable musée regroupant un peu plus de 1000 pièces historiques. La bonne nouvelle, c’est que ces archives sont en travaux afin d’être rendues accessibles au public d’ici quelques mois !

MOLVENA, CŒUR ARTISANAL DE DAINESE

Nous quittons le site péri-urbain de Vicenza pour celui de Molvena, berceau de l’entreprise basé à une quarantaine de kilomètres de là, au pied des Dolomites, qu’on aperçoit en arrière-plan sur la route – magnifique. Outre l’environnement, le contraste avec l’entrepôt est saisissant : oubliez le style dépouillé des locaux et la chaîne logistique automatisée quasi-déserte, vous entrez dans un véritable atelier où fourmille le personnel, dont une bonne cinquantaine est affairée au travail du cuir. Difficile de croire que tout ce beau monde ne s’occupe que de la fabrication des combinaisons des pilotes et des modèles les plus haut de gamme ! Les produits « grand public » sortent pour leur part d’usines Dainese établies en Ukraine et en Tunisie.

Paolo, responsable du SAV (qui s’effectue lui aussi ici), m’aiguille dans ce dédale de machines à coudre, de chariots et de racks de rangement.

Nous nous éclipsons dans le magasin de cuir, grande pièce où sont stockées les peaux qu’on retrouve sur l’équipement Dainese, dont 90% proviennent d’Italie. Dainese collabore étroitement avec les tanneurs afin d’obtenir le traitement voulu, qui apportera ses qualités et son apparence au cuir (de la vachette et du kangourou dans de rares cas, par exemple la combinaison de Rossi).

LE TRAVAIL DU CUIR, UN SAVOIR-FAIRE TOUJOURS D'ACTUALITÉ

Étape suivante, la découpe. Jusqu’en 2005, tous les éléments des combinaisons traitées sur place étaient découpés à l’emporte-pièce, une forme métallique aux bords affûtés appliquée contre le cuir à l’aide d’une presse hydraulique. Cette technique avait remplacé la découpe 100% manuelle à la lame autour des patrons pour que les pièces gagnent en homogénéité, mais imposait une lourde logistique et de nombreuses manipulations : imaginez qu’il faut un emporte-pièce pour chaque élément de chaque modèle dans toutes les tailles, ce qui représente des milliers de références !

Un emporte-pièce destiné à découper le numéro 46 de Rossi

Aujourd’hui, la découpe est déléguée à une table automatisée, qui alloue les pièces de cuir sur la peau de façon à limiter les chutes. Le gain de temps et l’économie de cuir sont considérables. Une équipe de traceurs expérimentés signale à coups de marqueurs les zones de la peau à écarter ou à cacher, puis la table se débrouille pour disposer les pièces et les taille automatiquement. Découpe à la main et à l’emporte-pièce viennent en appoint, exception faite des prototypes, qui sont conçus et fabriqués « à l’ancienne » à l’étage du dessus.

LE SAV, LOGÉ A LA MÊME ENSEIGNE

Les pièces spécifiques comme les zones de cuir perforé et les soufflets élastiques sont également fabriqués sur place. Ce deuxième composant est entièrement façonné à la main : cuir et kevlar sont cousus sur une bande de textile élastique tendu, de façon à former un soufflet type accordéon quand il se rétracte. L’ensemble des pièces est disposé sur un chariot, lequel est attribué à une piqueuse qui s’occupe ensuite de la confection de la combinaison.

Je suis surpris de leur nombre : elles sont bien une quinzaine à opérer sous mes yeux, ce qui traduit l’investissement important de Dainese dans la compétition moto. Ces expertes du travail du cuir se chargent également du SAV des produits Dainese, ce qui représente tout de même quelques dizaines de combinaisons à réparer ou à actualiser (par exemple pour changer le logo d’un sponsor) chaque semaine.

À titre d’exemple, le simple portant réunissant les combis des pilotes renvoyées suite au GP du Mugello, qui s’est déroulé la veille de ma visite, en compte déjà une vingtaine… Si vous rencontrez un jour un problème avec un produit Dainese, ce sont aussi les ouvrières qui interviendront. Ne comptez pas sur elles pour coudre un patch par-dessus une déchirure ; ici, on remplace la pièce défaillante complète, ce qui demande plus de temps, mais qui assure une protection parfaite et un aspect irréprochable. Chaque produit terminé passe ensuite au contrôle qualité, avant de traverser le dernier espace de l’atelier, qui concerne le cas échéant la mise en place du D-Air, l’airbag Dainese intégré aux combinaisons racing.

Dainese rend hommage à Marco Simoncelli sur tous ses airbags

LA RECHERCHE DE PROTECTION

On achève la visite à l’étage supérieur, dédié au développement des produits. Les open spaces se succèdent. Dans le premier, on met en forme l’équipement qu’on retrouvera demain dans le catalogue Motoblouz. C’est ici que le cuir est taillé à la main sur la base des patrons. Quelques machines à coudre sont en action pour confectionner les prototypes. Plus loin, le bureau du design est en pleine réunion stratégique.

Suit le département D-Air, ou l’équipe dédiée à l’élaboration des prochaines générations de l’airbag Dainese travaille en continu, signe que la marque italienne estime que ce système constitue l’avenir de la protection du motard. Je discute avec Samuele, responsable du département, qui me donne une idée de l’expérience accumulée depuis les premières ébauches : avec 500 000 km de roulages et 1 000 chutes enregistrées, le D-Air est au point, d’autant qu’une seule fracture n’a été à déplorer ! Voilà qui force le respect, et qui fera l’objet d’un article spécifique.

Cette machine très précise coud les lettrages puis les découpe.

Je termine par le laboratoire dédié au test des matériaux, réplique d’un laboratoire d’homologation. Ici est concentrée une panoplie de bancs de tests (abrasion, coupure, déchirure, traction, etc.) qui mettent à l’épreuve tous les cuirs, textiles, renforts, etc. dans toutes les configurations possibles. Objectif : maximiser la protection apportée par l’équipement Dainese et anticiper les tests imposés pour certifier les produits.

DAINESE : ENTRE AURA INTERNATIONALE ET SAVOIR-FAIRE ARTISANAL

Cette journée passée à Vicenza et Molvena aura eu raison des pages vierges de mon bloc note et de l’espace libre de la carte mémoire de mon appareil photo… Entre l’histoire riche, la recherche d’innovation continue ou l’aura des pilotes Dainese, difficile de ne pas ressentir une forme de respect. Mais ce qui m’aura le plus marqué, c’est ce contraste entre l’impressionnant système logistique automatisé d’ampleur internationale et l’atelier de fabrication très artisanal. Savoir-faire traditionnel et innovation cohabitent en harmonie chez Dainese !

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Loïc

Rédacteur et testeur pour Motoblouz, je suis l'extra-terrestre qui attend impatiemment la pluie pour mettre à l'épreuve l'étanchéité d'une veste ou d'une paire de gants... Fan inconditionnel de routes à virages, la moto est pour moi un moyen d'évasion comme un moyen de transport.

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