Essai BMW R Nine T Spezial et Racer


Quand on m’a demandé si ça m’intéressait de tester les deux dernières moutures de la BMW R Nine T, vous imaginez bien que je n’ai pas hésité longtemps ! Il faut dire que les déclinaisons Spezial et Racer, apparues cet année, ne manquent pas de cachet. Mais que valent-elles sur le bitume ? Pour le savoir, j’ai pris leur guidon à l’occasion d’un week-end au Touquet. En route !

Du coup, me voilà parti, depuis Paris avec la belle BMW Nine T Spezial. On m’avait prévenu : « la route n’a rien de passionnant » effectivement ! Passé la circulation parisienne du vendredi soir où ma teutonne s’est montrée parfaitement à l’aise, je comprends vite qu’au-delà de 90/100 km/h, point de salut !

Ok, j’enfonce les portes ouvertes, c’est un roadster, sans saute vent, il fallait s’y attendre. Quoi qu’il arrive je n’ai plus le choix. Il faut que je m’infuse 2h20 d’autoroute, à osciller entre 110 et 130, accroché à mon guidon telle la moule sur son rocher par cette météo bien humide. Joie….

Heureusement, arrivé chez Motoblouz, l’accueil nordiste est au rendez-vous et, tout ça, est vite oublié. La nuit passée, le soleil se lève sur Carvin et j’ai hâte de démarrer sur de meilleures bases avec ma BMW R Nine T !

La BMW R Nine T, du pur marketing ?

Mais, par où commencer ? La Nine T est le point d’orgue actuel d’une stratégie marketing rondement menée par BMW ces dix dernières années. À une certaine époque, les constructeurs Européens étaient confrontés à une industrie japonaise qui bénéficiait de meilleurs coûts de fabrication, en partie grâce aux taux de change. Pour survivre, la concurrence frontale n’était pas possible. Proposer aux clients la même chose pour plus cher ne fonctionne pas, même quand vous bénéficiez du tampon « made in chez nous ».

Chacun a donc dû travailler son positionnement et trouver un territoire de marque où exister. Pour BMW ce terrain de jeu a longtemps été de faire des motos pour « explorateurs » et « roule-toujours » avec un haut niveau d’équipement de confort et de sécurité.

Depuis, les conditions de marchés ont changé et BMW Motorrad a dû se réinventer pour élargir sa clientèle. Place à la S1000RR, S1000R, aux scooters, même électrique ! Mais une chose reste ancrée dans leur ADN : ils connaissent précisément leurs clients et l’usage qu’ils font de leurs motos. Les BMW sont des motos à vivre.

« I know you »

« I know you », voilà donc ce que semble me dire ma BMW R Nine T du jour.  Mais venons-en au fait. Le flat twin a une histoire et des adeptes. Les plus fervents n’hésitent pas à chiner les oldies et se payer une préparation ultra minimaliste dans le plus pur style café racer. Les clients de la Nine T sont presque aussi puristes, sauf qu’ils apprécient à sa juste valeur le fait d’avoir une moto neuve et moderne le tout dans un écrin « vintage ».

Vous l’avez donc compris, le point de départ de cette rencontre, c’est le 1200 flat twin. Il équipe dix modèles de la gamme BMW (dont les cinq versions de la Nine T) mais son typage a été travaillé pour correspondre à l’esprit café racer. Il parait ainsi un peu plus creux que sur la R1200R mais plus rageur dans les tours bien qu’il soit un peu moins puissant (-15cv). Les valeurs de couple et de puissance sont proches, mais la carto poignée de gaz (électrique) et la carto moteur permettent de ressentir une réelle différence d’esprit entre les déclinaisons.

Pour le reste, les qualités du flat ne changent pas. Il ne distille aucun à-coup à très très bas régime, cela permet d’évoluer sur un filet de gaz dans une circulation dense sans tomber la première, du grand art. Son centre de gravité extrêmement bas rend la moto très agile à basse vitesse malgré le poids conséquent. Et, à plus haute vitesse, l’axe du vilebrequin, dans le sens de la marche, contribue à garder la maniabilité de la moto sans souffrir de l’inertie moteur à haut régime. Si vous ne connaissiez pas le flat, voilà en peu de mots pourquoi c’est une solution technique qui a toujours du sens.

Partie cycle : Précise mais lourde

Puisque nous parlons de l’impact du moteur sur le comportement de la moto, nous pouvons passer au châssis. Fourche inversée, freinage Brembo radial, ça ressemble à un train de S1000R ! Bon, n’exagérons rien, la BMW R Nine T est rigide, précise, agile, stable, et… lourde.

Si je devais définir son comportement, je dirais qu’elle s’adresse à l’esthète, l’amoureux de la trajectoire propre. Vous pouvez passer vite, ça n’est pas la question, mais elle ne se brusque pas, elle demande du savoir vivre, de la classe, une attitude, des valeurs. On freine en ligne, on rétrograde en accompagnant bien l’embrayage (c’est ça où vous balaierez la route sur toute la largeur avec la roue arrière) et on l’inscrit sur l’angle avec fluidité, sans violence. Vous pouvez garder les freins pour rentrer en courbe, elle ne va ni se relever ni élargir la trajectoire, la seule chose qui compte c’est de l’inscrire proprement.

Au moment de la remise des gaz, pas d’hésitation. L’anti patinage et la rigidité du châssis veillent au grain. Le couple camionnesque va vous extirper du virage dans un bruit de chasseur bombardier euphorisant. Quand je vous disais que BMW faisait un travail marketing remarquable !

Vous visualisez le client type de la Nine T ? Je dirais une c’est un homme majoritairement, plutôt autour de 50 ans, il sait piloter une moto depuis longtemps. Il est à la recherche de valeurs, de vérité. Il attache beaucoup d’importance à son style, pour être soi-même, bien dans sa peau. Sur sa moto, attitude et position vont de pair avec la recherche de trajectoires soignées.
Vous connaissez l’appellation des variantes de Nine T dans la gamme BMW Motorrad ? « Héritage », ce n’est pas un hasard, nous sommes bien sur le terrain de la transmission de valeurs.

Un sacré budget, mais une finition à la hauteur

Je vous vois venir, c’est bien beau tout ça mais « Il doit aussi avoir un beau compte en banque ! » Effectivement… et en ce qui concerne la Spezial tout particulièrement. Pourquoi ? parce que la BMW R Nine T Spezial démarre déjà à partir de 16 000€ quand toutes ses autres déclinaisons sont entre 13 et 14 000€. Le prix de la fourche inversée et des étriers radiaux, mais pas que. L’appellation « Spezial »Il n’est ni plus ni moins que le nom du service de personnalisation BMW Motorrad.

Réservoir en aluminium brossé, peinture « Spezial », couvres culasses « option 719 » anodisés noirs et taillés dans la masse, carters moteur de même facture, selle cuir personnalisée, supports de boucle arrière également anodisés et taillés masse, idem pour les leviers de frein et d’embrayage, tous deux réglables en écartement bien sûr, platines repose-pieds pilote et passager anodisées et usinées… N’en jetez plus la coupe est pleine, à l’inverse de votre compte en banque qui s’est considérablement allégé.

La seule chose qu’il n’y avait pas dessus c’est le silencieux Akrapovic, mais sincèrement, le son d’origine est parfait. Vous avez déjà entendu passer un bombardier de la seconde guerre ? C’est exactement ça et ça lui convient parfaitement.

La Nine T Spezial, un achat de cœur

Alors, est ce qu’elle en vaut le coup ? Si vous l’achetez avec le cœur, oui, sans hésitation. Que vous soyez un homme ou non (ma princesse adore piloter la Nine T), que vous ayez 50 ans ou non (elle en a 28), ça n’est pas ça l’important. Ce qui compte, c’est la vibration, l’alchimie qui se crée, entre elle, et vous.

La Nine T Racer : m’as-tu-vu, façon grand standing

Pour ceux qui ont suivi jusqu’ici, il y avait un second modèle de BMW R Nine T prévu à l’essai, la Racer. cette dernière diffère de la Spezial par son train avant essentiellement puisqu’elle embarque une fourche classique sans étriers radiaux. Elle n’est plus équipée d’un large guidon mais de bracelets qui vous basculent sur l’avant. Elle se pare d’un sublime tête de fourche et d’un dosseret de selle passager dans le plus pur style des premières motos dédiées à la vitesse.

Je dois vous avouer que ce n’est pas le trajet vers le Touquet qui me permettra de l’apprécier à sa juste valeur. Autoroute, nationale rectiligne à 90 km/h (mon dieu, que ce sera pénible à 80), pluie, forces de l’ordre aux aguets et radars de chantier disposés juste après le haut des collines de la nationale, … sincèrement Je n’ai pas été très concentré sur l’essai jusqu’à l’arrivée au Touquet.

Ça n’est pas compliqué, la BMW R Nine T Racer a suscité l’attention des gens. Je ne compte plus les pouces levés, les sourires et les saluts qui m’ont été spécialement adressés. Incroyable. Il faut dire que plus encore que la Spezial, la Racer c’est une gueule, un look. Avec elle, vous affichez clairement vos valeurs : « gentlemen start your engines ! »

Ouf, des virages !

Par chance, sur le chemin du retour, j’ai pu profiter un peu plus de la machine. La route a séché et les déviations nous entraînent vers quelques routes plus viroleuses. Honnêtement, il n’y a pas de différence de comportement notable avec la Spezial. Ce n’est évidemment pas sur route, à allures raisonnables qu’on peut sentir une quelconque différence de rigidité et de puissance de freinage entre les deux trains avants.

Cela étant, la position plus radicale pousse clairement au pilotage et à profiter du châssis ultra sain. Bien qu’elle soit pourvue d’une tête de fourche, elle est moins disposée à vous suivre sur les grandes nationales que la Spezial. Il y a bien un surcroît de protection, mais la position basculée vous brisera vite. Non, son terrain de jeu c’est la départementale de montagne, la route viroleuse Ardéchoise. Si vous l’emmenez en Corse entre Corte et Ajaccio vous ne voudrez plus en partir, elle est faite pour ça ! Des virages, une vitesse comprise entre 70 et 90 et des paysages qui vous bouleversent comme écrin, voilà son terrain de jeu idéal.

Laquelle pour vous charmer ?

La BMW R Nine T est la moto du gentleman rider (ou de la Lady rideuse bien sûr). L’une est légèrement plus polyvalente que l’autre, mais ce n’est pas ce qu’elles vous vendent, de toutes manières. Si vous craquez pour elles, cet article n’a fait au mieux que vous conforter, vous savez déjà que vous êtes faits l’un pour l’autre. Classe, distinction et émotion pure, she knows you, croyez-moi !

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Nicolas

Chef de produit dans l’automobile au quotidien, j’aime la mécanique, les odeurs de garage et - devinez quoi - la moto ! Sur route comme sur piste, mon leitmotiv : le plaisir au cœur ! J’apprécie tout spécialement lier mon métier et ma passion, en essayant des motos aux usages et personnalités différentes. La moto parfaite ? Je pense qu’il en existe (presque) autant que de profils de motards ;-)