Chute en Australie : quand la fin du périple arrive plus vite que prévu…


On reprend la route avec les Dundee 2018. Nous avions laissé Flo et Hubert sur le bord de la route, après un passage difficile… et une mauvaise chute. Mais pour sûr, Hubert ne s’attendait pas à continuer sa course ainsi, dans des véhicules autres que sur sa moto.

Et c’est la chute !

Je suis couché sur le côté gauche, et j’entends Flo me dire : « on est arrivé trop vite ! »

Elle avait partiellement raison. En effet, nous sommes arrivés à mauvaise vitesse. Décélération trop forte, perte de motricité et transfert de masse sur la roue avant qui rencontre le Gravel… Et hop : notre destrier se couche et nous envoie au tapis. J’ai eu le mauvais réflexe de décélérer au lieu de remettre le gaz. Ceci aurait permis de redresser la moto et d’alléger la roue avant. La vitesse n’est pas en cause. Non. Que l’on soit tombé à 30 à l’heure… C’est une faute de pilotage !

Mes circonstances atténuantes ? L’appréhension, l’approche de cette piste en n’étant pas détendu et en position assise… Mais c’est trop tard : le mal est fait et je suis par terre pendant que Flo me demande de me relever. Elle, elle est debout, sans la moindre égratignure, hormis la frustration légitime d’être tombée parmi les premiers de notre groupe. Ne me voyant pas me relever prestement, elle me demande « ça va ? », je lui réponds « J’ai la jambe cassée… »

Allo, docteur ?

Dans ma chute, j’ai vu mon pied gauche faire un swing et trouver une position disons peu orthodoxe… Suite à la chute, notre petit groupe de motards arrive rapidement sur place. Henri Luc qui est médecin me prend en charge très rapidement pendant que Marc s’occupe de la logistique. Il sort une couverture de survie et appelle le 4×4 d’assistance en expliquant la situation. Le reste du groupe s’organise très vite… Ils me protègent du soleil avec la couverture de survie, me proposent de l’eau… Un blouson arrive gentiment sous ma tête pour une position plus confortable.

Heureusement, je ne souffre pas trop… Et il faut dire que je suis habitué aux chutes puisque j’ai été cavalier de très longues années. J’ai aussi été secouriste, ce qui m’a permis de me mettre moi-même en PLS après la chute. Et oui, sait-on jamais : je pourrais tourner de l’oeil à tout moment.

Jean Paul, « Le Doc » urgentiste de l’expédition, arrive et débriefe avec Henri Luc sur les premiers constats. Après quelques mots de réconfort, ils me proposent une alternative : « soit on défait bottes, pantalon et blouson de suite, soit on le fait après, à l’hôpital ». En tout état de cause, il faut le faire !

Je suis très lucide et sais qu’il est préférable de le faire maintenant. L’adrénaline est présente et la douleur sera moins vive maintenant qu’à froid tout à l’heure… Ainsi, il me répond : « je te shoote et on le fait dans quelques minutes ! » Il me donne quelques Tramadol, et je sens très vite leur effet euphorisant. En deux temps trois mouvements, je suis en caleçon avec une attelle au pied.

Direction l’hôpital… en 4×4

Quelques gros bras me soulèvent, et Patrick me porte comme un bébé dans le 4×4. Je lui dis que j’ai bien fait de perdre 10 kg avant ce trip ! Je fais 90 kg… L’effort qu’il fournit est respectable. Il a la forme le gaillard !

Je suis dans le 4×4. Et avec l’effet des médocs, je suis plutôt détendu. Il nous faut maintenant faire 1 heure 30 de piste pour rejoindre l’hôpital le plus proche? à Charters Towers. Sous la conduite de Bruno, le 4×4 est un « pullman« . La douleur est gérable, et nous arrivons à l’hôpital en plaisantant. Nous sommes pris en charge par le corps médical australien, et après quelques demandes sur ce qui est arrivé, ils nous dressent un devis d’honoraires… Le système Anglo-Saxon dans toute sa splendeur. La fracture simple, c’est 400 dollars, et la complexe, c’est 600.

« I can pay, no worries! » dis-je sur ma table d’auscultation. J’explique à Jean Paul qu’il faut faire une déclaration à mon assurance pour une prise en charge. « Sois relax Hubert ! » me dit-il… « Bruno est parti chercher Flo !« , elle pourra ainsi appeler Mondial Assistance. Keep cool! En attendant, je passe une radio qui confirme la fracture du tibia et du péroné !

La fracture n’est pas belle et un réalignement est nécessaire. Malheureusement, l’hôpital n’est pas équipé pour ce type d’opération spécifique. Je dois donc être transféré dans une unité spécialisée pour une opération. Mais en attendant, ils doivent me plâtrer pour m’immobiliser la cheville. Jean Paul m’explique que cela va être très douloureux, et donc que l’acte va être fait sous protoxyde d’azote. « C’est du gaz hilarant » me dit-il. « Tu vas te sentir shooté : tu restes conscient mais tu ne ressentiras aucune douleur !  »

On y va ?

Voilà, tu respires à fond par la bouche et tu souffles par le nez ! Pense à quelque chose d’agréable et laisse-toi aller… Tu m’as dit que tu étais plongeur, alors, on plonge ensemble ? Raconte-moi : on est à quelle profondeur ? Je lui réponds 30 mètres. Respire plus fort me dit-il… On doit encore descendre ! Je respire plus fort et m’enivre un peu plus. On est à 40 mètres… et l’ivresse des profondeurs m’atteint ! C’est parfait dit-il.

C’est bon, c’est terminé, tu es plâtré, on remonte ! A peine quelques minutes et les effets du protoxyde d’azote ont disparu. Je retrouve ma lucidité, et je peux constater le travail effectué pendant ma plongée… J’ai le bas de la jambe plâtré à l’équerre. Après cette chute, c’est assez impressionnant.

Chacun reprend la route

Flo arrive avec Bruno, et constate avec effarement la position de mon pied. Elle a appelé Mondial Assistance pour la prise en charge pendant le trajet, et tout est ok. Le dossier est ouvert, et les accords de prise en charge sont arrivés dans les deux hôpitaux. Mon transfert vers l’hôpital de Townsville peut commencer. Jean Paul et Bruno doivent à présent, et très logiquement, nous quitter pour rejoindre le groupe… Nous restons, Flo et moi, en attente de l’ambulance pour le transfert.
A chaque interlocuteur, je dois expliquer mon histoire et ma chute… Et le tout, en anglais.

Je suis pris en charge dans le nouvel hôpital et mon opération est programmée dans les heures qui viennent. L’unité de Charters Towers a bien transféré mon dossier. Le chirurgien m’explique toute l’opération mais mon niveau d’anglais me permet juste de comprendre qu’il y a deux possibilités de réduction de ma fracture. Une par voie interne et une autre avec des fixateurs externes. Ils prendront leur décision sur la table.

L’attente débute, et je passe d’une pièce à l’autre pour la préparation de l’opération. Flo me suis et patiente comme elle peut. C’est assez difficile pour elle. On l’interpelle pour lui poser des questions, mais son niveau d’anglais ne lui permet pas de répondre correctement. Je sens sa frustration et son inconfort. De mon côté, on me conduit dans une nouvelle salle. On me demande encore une fois ce qui s’est passé. Je commence à parler mais déjà, je n’entends plus ce que l’on me dit…

Quand il faut rentrer

Je me réveille 3 heures après avec une jambe dans l’axe, sans plâtre, et quelques cicatrices. Ne voyant pas de fixateurs externes, j’en déduis qu’ils ont travaillé de l’intérieur. Ma jambe est gonflée comme une baudruche, mais la douleur est largement supportable. Flo ne peut rester avec moi et doit se trouver un hôtel. Elle va devoir gérer seule cette difficulté…

Dès le lendemain, le kiné me demande de poser le pied et de marcher avec mes béquilles. Flo arrive à ce moment là. Je suis fier d’elle ! Cela n’a pas du être facile.

Mondial Assistance m’informe que mon rapatriement aura lieu le surlendemain… A notre grand étonnement, je sors de l’hôpital le lendemain. Nous rejoindrons un hôtel à côté de l’aéroport pour plus de confort. En Australie, on ne traîne pas dans les hôpitaux… A suivre !

Partagez cet article

Florence et Hubert

Tous deux, à la cinquantaine plus les intérêts, vivons la vie avec passion. Ce que nous recherchons dans nos voyages? L’émerveillement ! Vous savez : cette petite lumière qui s’allume dans les yeux à un moment ou un autre… et quand on peut en plus, la partager, n’est-elle pas encore plus belle ?