Au cœur de l’aventure Trophée Roses des Sables 2021


Le dernier mois avant le Trophée a été plutôt chaotique, avec un lot bien sympa d’imprévus à gérer… Je l’ai déjà dit mais la clé, c’est l’anticipation. Je le répète parce qu’avec le recul, c’est vraiment ce qui m’a sauvée. Il y a toujours des choses qu’on ne contrôle pas lorsqu’on se lance dans l’aventure du Trophée Roses des Sables 2021.

J-21 : Fermeture surprise des frontières entre Canada et Maroc.

J-15 : La compagnie aérienne annule mon vol direct (logique, frontières fermées)

J-10 : La carte grise de la moto perdue par Chronopost / Fedex (sans elle, recalage immédiat aux vérifications administratives).

Jour J : le test PCR en 24h dont le résultat n’arrive pas en 24h. J’ai reçu mon résultat au moment où je montais en voiture pour l’aéroport.

Dans ce genre de situation, tu t’interroges sérieusement sur ton karma mais tu deviens aussi en même temps, un maître en gestion du stress. En vrai, le jour du départ, j’ai mangé une boîte entière de cookies pour gérer mon stress mais chuuuut… J’ai réussi à partir et c’est ça l’essentiel. Après une nuit dans l’avion, une escale, un autre avion, 2 jours de transfert en bus, les vérifications techniques et administratives… On y est !

L’arrivée au Trophée Roses des Sables 2021

On arrive sur le premier bivouac en milieu d’après-midi. Fatiguées mais survoltées, on court récupérer une tente et y déposer nos sacs avant de revenir à la « tente méca » (aka la tente mécanique où sont entreposées nos malles de matériel et nos véhicules).

tente mécanique du Trophée Roses des Sables 2021

La tente « méca » avec nos malles remplies de matériel et équipements.

Je découvre enfin la petite Honda CRF300L qui me permettra de traverser le désert. Je l’habille de mes plus beaux stickers Motoblouz, et je pars rouler 5 minutes pour voir à quoi j’ai affaire.

motos de 3 participantes du Trophée Roses des Sables 2021

Les motos des 3 participantes de l’édition 2021.

La découverte du bivouac

En plein milieu des dunes, et des grandes étendues désertiques, le 1er bivouac (il y en aura deux autres au fil des étapes). Une grande place centrale entièrement recouverte de tapis sur laquelle on se retrouvera pour nos repas, les briefings, les animations et les JT (petit résumé vidéo des étapes précédentes). Notre lieu de rencontre pour échanger avec les autres participantes après une journée à rouler. Entourée de tentes blanches dans lesquelles deux matelas sont posés au sol, bienvenue dans ton nouveau chez toi. Tout au fond du bivouac, une grande tente avec les cabines de douche et les sanitaires. De l’autre coté, les tentes  renseignements, médias, et la tente de la croix rouge.

premier bivouac et organisation des tentes

Nos tentes sur le bivouac. Organisé comme un camp romain.

Intérieur des tentes pour le Trophée Roses des Sables 2021

Intérieur de nos tentes.

Nos roadbooks sont distribués la veille pour le lendemain. Ça laisse le temps de les décrypter, de regarder les passages potentiellement plus risqués sur le terrain ou en orientation, et de l’installer sur le dérouleur de roadbook (prévoir du scotch, beaucoup de scotch).

roadbok avec instructions pour trophée roses des sables 2021

Roadbook avec les instructions pour l’étape.

La veille, ils donnent aussi l’ordre de passage des véhicules au départ… Mais en réalité, les motos partent toujours les premières pour éviter la poussière soulevée par les autres véhicules et les traces dans le sable.

départ de la première étape Trophée Roses des Sables 2021

J’aurais beau essayer de décrire l’expérience, rien ne prépare à ce que l’on vit une fois sur place.

L’aventure, oui, mais pas que…

Une étape, c’est entre 80 et 190 km par jour en moyenne. En hors route, ça peut faire long. Dans le sable, c’est encore plus long. En moto… C’est beaucoup plus long !

passage de col lors du Trophée Roses des Sables 2021

Passage de col entre deux zones désertiques.

Les sensations

J’ai expérimenté la fatigue, physique et morale, la nécessité d’être concentrée à tout instant, les petites douleurs à force de maintenir toujours les mêmes positions et les grosses douleurs (lorsque tu tombes souvent), la peur qu’il faut dépasser pour avancer, la sensation d’être totalement paumée, la frustration de ne pas y arriver. Le fait d’être obligée de me poser et de prendre mon temps pour respirer, réfléchir, pour reprendre mon roadbook au dernier endroit dont je suis certaine d’être passée. Enfin, la fatigue et la lassitude de relever la moto quand personne n’est là pour aider, remonter dessus comme si de rien n’était…

chute de moto au Trophée Roses des Sables 2021

Une chute parmi tant d’autres.

Cela dit, j’ai aussi vécu l’excitation de la préparation et du départ, la frénésie des nouvelles rencontres, la satisfaction d’être sur le bon chemin et d’arriver le soir en un seul morceau. J’étais émerveillée face à ces paysages grandioses, j’ai découvert le sens du mot « solidarité », et j’ai ressenti la fierté pour avoir réussi à terminer chaque étape sans assistance.

sable à perte de vue au Trophée Roses des Sables

Pause dans un oued. Du sable à perte de vue.

Enfin, je me suis beaucoup questionnée sur le sens profond de ma présence en plein milieu de nul part… Sans pour autant avoir de réponse. Le dépassement de moi-même, à chaque instant, dans une situation épineuse ou qui sort de ma zone de confort. C’est ça qui fait que l’on avance et continue. Finalement, je me suis dit que je n’étais pas là pour rien, que j’avais mis un an ou deux de mon énergie pour récolter les fonds et que je m’étais entraînée pour être ici à ce moment précis. Une fois sur place, ce n’est pas le moment de lâcher. Pas le choix, il faut avancer !

Le collectif

Le plus important à retenir aussi, c’est que l’on n’est jamais totalement seule. Les équipages 4×4, buggy et quad sont aux petits soins pour les motardes. Les filles ne passeront jamais sans filer un coup de main. Elles seront là pour aider à relever la moto, la désensabler, dépanner un peu d’eau, de nourriture, de l’essence, et toujours avec un mot d’encouragement.

En plus de cette solidarité à toute épreuve, j’ai reçu le soutien de personnes absolument formidables : les bénévoles engagés par l’organisation pour suivre les motardes toute la journée, sur les check-points et à divers endroits sur le chemin, juste pour s’assurer que tout va bien. Comme on est plus vulnérable en moto qu’en 4×4 ou autre véhicule, et qu’on est souvent en solo sur les chemins, une voiture d’anges gardiens suit les motardes afin de s’assurer qu’elles ne manquent de rien. De loin, bien sûr, ils ne dérangent pas… Et la plupart du temps sont même invisibles. Les miens, comme je tombais souvent, je les voyais souvent. Ils sont devenus mes compagnons de route.

Mécanos, médecins, secrétaires, PDG, comptables, retraités ou plus jeunes, hommes et femmes de tous horizons, des gens comme toi et moi qui sont là sur leurs congés annuels pour venir nous soutenir bénévolement et nous dépanner de l’eau en plein désert… Il faut une sacrée dose d’altruisme et de bienveillance. On peut compter sur eux pour nous faire rire et décompresser, nous pousser à avancer et nous encourager jusqu’au bout.

Pause bénévoles en plein désert

Petite pause avec les bénévoles en plein désert.

La moto

Quand les aventures de la journée étaient terminées, direction la tente méca pour entretenir mon bolide. Souffler le filtre à air, nettoyer et lubrifier la chaîne, installer le roadbook pour le lendemain, vérifier que tout soit ok et qu’il n’y ait pas de casse… Encore une fois, les mécanos bénévoles étaient là pour assister et  donner plein de conseils super efficaces. Il ne faut pas hésiter à les consulter.

les mécanos bénévoles du Trophée Roses des Sables 2021

Les mécaniciens bénévoles en train d’inspecter ma moto.

Quand je rentrais au bivouac assez tôt, je courais prendre une douche rapide (un mince filet d’eau chaude ou froide selon l’humeur des générateurs). Je me changeais rapidement, pour aller prendre l’apéro dans les dunes avec les copines. Ces moments-là étaient magiques et précieux. Partage d’anecdotes sur la journée, émerveillement collectif, coucher de soleil sur le sable, selfies et autres photos de groupe… C’était aussi à ce moment-là que je pouvais donner et prendre des nouvelles de mon entourage. Il fallait se faire une raison, en effet, les données étaient chères et le wifi un gros luxe (15 € les 30 minutes).

place principale du bivouac pour le Trophée Roses des Sables 2021

La place centrale du bivouac

Une aventure complète

Après ça, retour sur la place centrale pour regarder le JT et assister au briefing avant de souper. Les opérations solidaires sont réparties sur l’ensemble du séjour et on a toujours l’occasion d’y prendre part. Qu’il s’agisse d’une marche matinale dans les dunes pour former un immense Ruban Rose avant de partir sur l’étape du jour, de décharger et charger des camions de fournitures scolaires… On peut y participer à tout moment, et toujours se sentir utile.

J’ai eu la chance de vivre cette aventure avec toute une équipe de Québécoises absolument exceptionnelles. Avoir fait le voyage ensemble à l’aller nous a rapprochées, on était déjà complices et solidaires en arrivant au Maroc. Elles ont fait preuve d’une bienveillance incroyable, d’un soutien sans faille et d’un humour à toute épreuve.

Il s’agit tout de même d’une compétition avec de belles récompenses à la clé. Je n’ai pas regardé le classement une seule fois pendant le rallye. Je suis rentrée depuis plusieurs semaines et je ne connais toujours pas ma place au classement final. Et ça m’est bien égal ! La seule compétition que j’ai menée était avec moi-même. Je suis partie pour vivre une aventure et me prouver que j’étais capable de terminer malgré mon manque d’expérience. Dans ma tête, j’ai gagné… Quelle que soit ma place au classement final.

à moto, on double tout le monde le matin...

On double toutes les autres le matin… On évite la poussière et les traces.

Mes conseils si vous souhaitez tenter l’aventure

Si tu pars pour la compétition, tu vas être servie. Les filles ont beau être solidaires et bien intentionnées, certaines sont là à chaque édition depuis plus de 10 ans et ont des techniques d’orientation et de pilotage bien rodées. Ainsi, ce ne sera pas « facile » ! Aussi, quelques bons conseils si tu souhaites faire l’aventure Trophée Roses des Sables.

  • Voyage le plus légèrement possible. Non seulement tu éviteras les frais de bagages inutiles et qui pompent ton budget mais sur place, tu seras contente de ne pas avoir 2 valises de 40 kg à trimballer entre les bus, les chambres d’hôtel, les tentes, etc.
  • Organise bien ta valise. Tu vas passer par deux hôtels et une tente avant de rejoindre le bivouac sur lequel tu resteras 3 ou 4 nuits. Après ça, tu auras une nuit en autonomie, une autre nuit en bivouac et deux nuits à l’hôtel de nouveau. Si tu fais comme moi, et que tu dois vider ta valise ou ton sac au complet parce que ton chargeur est au fond, tu vas vite fatiguer.
  • Ton équipement est ton meilleur ami. Prends de la qualité et prends-en soin. Emballe-le bien. Tu as 6 jours à tenir et crois-moi, tu n’as pas envie qu’une partie de ta soirée soit dédiée à réparer / recoudre / recoller une pièce moins solide. Pour voir mon équipement au complet, rendez-vous ici.
  • Les sacs de type Ziplocs seront aussi tes meilleurs amis.  Un sac = un change par jour. Sinon, fais-toi à l’idée d’avoir du sable qui s’incruste partout. Même avec cette technique, à un moment donné, il y aura du sable partout. Mais cette technique retarde son apparition dans les fringues…
  • Si tu peux, pars avec une moto que tu connais. L’entretien et la conduite en seront grandement facilités. Ce n’était pas mon cas, j’ai eu de la chance car la moto que j’ai louée était neuve et pas super exigeante. Cela dit, je n’avais pas les repères pour que son entretien soit optimal et je me suis sentie un peu bête quand il a fallu m’en occuper. Prévois aussi ton stock pour l’entretien (lubrifiant pour la chaîne, huile moteur, liquide de refroidissement, poignées de rechanges, bougie, filtres à air, etc.)
  • Ne néglige pas ton entraînement pour le Trophée. Je suis partie en ayant commencé la conduite off-road seulement 2 mois avant. Avec un meilleur entraînement, j’aurais eu de meilleures positions, de meilleurs réflexes, moins de chutes, moins de bleus, moins de douleurs et moins de risques de se faire vraiment mal… Ils sont super sympas à la tente Croix Rouge mais moins tu les vois, mieux c’est !
  • Gère ce que tu peux et apprend à lâcher prise sur le reste.
Traversée du désert lors du Trophée Roses des Sables 2021

La traversée du désert…

Enfin, un ultime conseil : ENJOY THE RIDE!

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