Essai du casque Schuberth C4 Pro


Inconfort, soucis de fiabilité : la première version du Schuberth C4 a fait pas mal de tort à l’image de marque du fabricant allemand. Apparu en 2019, le Schuberth C4 Pro veut regagner ses galons de modulable routier haut de gamme, si chèrement acquis par son aïeul de C3 Pro, référence intemporelle en la matière. Inconditionnel de ce dernier, autant vous dire que j’attendais beaucoup de ce nouveau C4 ! J’ai eu l’occasion de le mettre à l’épreuve dans toutes les conditions et voilà ce que j’en ai pensé…

Le casque modulable Schuberth C4 Pro

Le C4 Pro, ici dans sa déco Merak Matt

Schuberth C4 Pro, t’es qui toi ?

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il n’est pas inutile de situer ce casque dans la gamme Schuberth. Le C4 Pro remplace la première version du C4, lancée en 2016 pour prendre le relai du C3 Pro, le surdoué de chez Schub’. Las, cette première mouture rencontre des soucis – intérieur peu confortable, contre-performances de sa lentille antibuée, modeste fiabilité de son intercom… – qui font fuir les clients et ternissent la réputation de la marque. Il est retiré du marché assez rapidement.

Schuberth C4 Pro

L’écran du Schuberth C4 Pro est profilé et s’incruste dans la calotte

Trois ans plus tard, Schuberth rectifie le tir avec un nouveau C4 qui, s’il se rapproche visuellement du modèle 2016, n’a en fait pas grand-chose à voir avec lui. Nouvelles mousses plus confortables, pré-install intercom fiabilisée, vraie lentille Pinlock, et j’en passe : le C4 2019 est revu de fond en comble.

Quatre versions sinon rien

Ne cherchez pas de Schuberth C4 « tout court » dans notre catalogue, il n’existe pas. Le C4 dernière version est forcément affublé de l’une de ces appellations :

  • Schuberth C4 Basic : Malgré son nom commercial pas très flatteur, ce casque est identique au modèle Pro, lentille antibuée et pré-installation intercom exceptées. Le Basic embarque un Pinlock 70. Poids : 1460 g (dans ce paragraphe, les poids sont des données fabricant).
  • Schuberth C4 Pro : Le même que ci-dessus, mais équipé d’une lentille Pinlock 120 (la plus performante de la gamme Pinlock) et pré-équipé intercom. Le module intercom est proposé en option – vous verrez ça plus bas. Poids : 1710 g
  • Schuberth C4 Pro Women : Un C4 Pro, mais spécialement étudié pour les motardes, avec 5 mm de mousses de joues en plus, une coiffe plus épaisse, un tissu intérieur couleur lie de vin « spécial fond de teint » et de l’espace pour les boucles d’oreilles. C’est quand même cool d’aller au-delà la simple peinture rose, non ? Poids : 1710 g
  • Schuberth C4 Pro Carbon : Un C4 Pro qui aurait switché pour une calotte en carbone plus légère et plus classe aussi. Poids : 1600 g

Notez que pour gagner alléger le casque (et la facture !), mieux vaut ôter l’intercom qu’adopter une calotte carbone !

 Le Schuberth C4 Pro, dispo en 2 tailles de calottes

Le Schuberth C4 Pro est dispo en deux tailles de calotte – ici, en M, avec petite calotte donc

Petit tour du propriétaire

Allez, assez de blabla ! Prenez plutôt en main le C4 Pro de notre essai. Si, comme moi, vous êtes un habitué du C3 Pro, vous remarquerez probablement le lien de parenté, via les ailettes de manipulation de l’écran, la position des prises d’air de ventilation, ou les stickers réfléchissants sur le front et la collerette. Mais globalement, le C4 Pro est bien différent. Il se montre clairement moins rond que le C3, avec une base plus massive. Il abandonne aussi l’aileron arrière, mais adopte un écran qui s’intègre dans un renflement de la calotte (aérodynamique mon amour).

Détail de finition Schuberth C4 Pro

La finition du Schuberth C4 Pro se montre vraiment excellente

La finition est superbe. Tout est bien ajusté, ce qui est mobile n’a pas de jeu, ce qui n’est pas mobile non plus (ouf !). La cinématique de la mentonnière est soft et inspire confiance. Seule fausse note de mon point de vue : l’écran, assez fin, qui fait visuellement un peu cheap par rapport au reste du casque, ainsi que par son bruit quand on le manipule. C’est un détail, parce qu’à l’usage, il n’y a absolument rien à lui reprocher. Bon point pour son démontage hyper easy (oui, c’est le paragraphe des anglicismes), grâce à ses deux petits leviers discrets.

Le sens de l’accueil à la Schuberth

Chaussons donc ce C4 Pro. Ouvert, l’enfilage ne pose pas de problème. Les porteurs de lunettes seront rassurés de savoir que leurs binocles se glisseront à l’aise sur leur nez, sans gêne au niveau des tempes au fil des heures de roulage.

Mousses internes du Schuberth C4 Pro

Un vrai petit nid douillet !

À l’intérieur, le maintien s’avère parfait – dans mon cas, on n’a pas tous le même crâne. Le toucher du Coolmax, le textile façon velours soyeux dont est tapissé l’intérieur, est hyper agréable. Il est encore plus sympa au contact que celui du C3 Pro. Franchement ce que j’ai trouvé de mieux à ce jour. Ajoutez que les coussinets qui couvrent la jugulaire protègent excellemment la délicate peau du cou (du cou, j’ai dit !).

Le champ de vision est lui aussi nickel, en particulier verticalement. Le Pinlock Maxvision monte tout en haut de l’écran et n’obstrue pas du tout le champ de vision. Ce denier se montre plus ouvert également sur les côtés. J’ai pu le vérifier en statique, mais je dois bien avouer que je n’ai pas perçu de différence en roulage.

Autocollants réfléchissants noirs

Les réfléchissants noirs au-dessus de l’écran, une spécialité Schuberth

Un clic franc atteste du verrouillage de la mentonnière. Si vous aimez l’espace, vous serez servi. Vous avez quelques centimètres devant la bouche et le nez, autant dire une place de ouf pour un casque. Le pied pour les claustrophobes. Si vous avez un peu de barbe, il vous faudra probablement replacer la bavette (qui tient avec des velcros forts) pour éviter qu’elle ne vous gêne. Pas de quoi choper une tondeuse.

Bref, dans le C4 Pro, on se sent bien. Ce qui traduit un sacré boulot d’ingénierie croyez-moi !

Micro intercom Schuberth C4 Pro

L’intercom est pré-installé sur le C4 Pro, comme en atteste ce micro encastré sous la mousse de joue

L’intercom Plug & Play

Voilà l’un des avantages du Schuberth C4 Pro : il est pré-disposé pour accueillir un système intercom. N’allez pas croire qu’on parle de simples trous dans le calottin EPS pour loger des écouteurs ici ! Cela signifie en fait que le casque est pré-câblé, avec oreillettes, antenne et micro. Le kit, optionnel, se compose d’un module Sena et d’une batterie, à plugger dans les logements prévus à cet effet. Pas de fils, de branchement hasardeux ou d’écouteurs à positionner comme sur les autres casques (C3 Pro inclus), et une fiabilité garantie. Vous êtes certain que le confort restera le même avec ou sans intercom. Après, c’est un surcout qu’il faut accepter – une centaine d’euros, sans parler du kit, hein, juste la pré-installation. Et du coup, vous n’avez pas le choix de l’intercom. Ce sera forcément le Schuberth SC1, dispo en 2 versions. Je n’ai pas eu l’occasion de le tester, mais ce module ayant été développé en collaboration avec Sena, je suis assez confiant dans son efficacité.

Écouteur intercom Schuberth C4 Pro

Bien vu, l’écouteur à position réglable !

La position des écouteurs est réglable : ils sont fixés par velcro dans un logement ovoïde, ce qui vous permet de les déplacer en face de vos oreilles pour limiter les pertes de qualité d’écoute. Suffisamment rare pour être signalé.

Poids : Avantage au C4 Basic

Chez Schuberth, ils ne sont pas du genre à survendre leurs produits. Ainsi, donné pour 1710 grammes, mon C4 Pro en taille 57 (donc avec la plus petite des deux calottes) pèse en fait 1646 grammes d’après ma balance de cuisine cristaux-liquides chocolat-fondu. On est dans la moyenne… Rien de gênant à l’usage, parce que l’aérodynamique joue en sa faveur (j’y reviendrai).

Réglage écran solaire Schuberth C4 Pro

La tirette de l’écran solaire interne avec le système de réglage de sa hauteur. Derrière, le logement du module intercom SC1

Peut mieux faire ? Exact. Si la perspective de disposer d’un intercom plug and play ne vous enchante pas plus que ça, vous avez tout intérêt à jeter votre dévolu sur le C4 Basic, annoncé à 1460 grammes (soit près de 200 g de moins que le Pro quand même), et vendu quasiment 100 € de moins. Franchement, une pure affaire à ce niveau de prestation !

Notez qu’au contraire, avec un p’tit billet supplémentaire, vous pouvez profiter de la légèreté ET de la pré-disposition à l’intercom en optant pour le Schuberth C4 Pro Carbon. Les nababs, on vous reconnaîtra au guidon !

Schuberth C4 Pro double homologation

Le Schuberth C4 Pro n’est (hélas) homologué qu’en tant qu’intégral

Modulable ok, mais à l’arrêt seulement

La mentonnière se manipule facilement, même si le bouton de déverrouillage est peu perceptible au toucher avec de gros gants hiver. Elle se verrouille bien en position ouverte, idem en mode intégral, pas de mauvaise blague.

Un bémol à ce chapitre qui pourra en refroidir certains : faute de double homologation, le Schuberth C4 Pro et ses frangins ne sont pas censés vous permettre de rouler le nez au vent. Un peu comme le AGV Sportmodular. C’est moche, surtout parce que son principal concurrent, le Shoei Neotec 2, avec sa double homologation, vous donne le choix, lui. J’imagine que Schuberth considère que rouler en mode jet n’est pas prudent. C’est vrai, mais libre à chacun de faire à sa guise, non ? Bon, concrètement, rien ne vous empêche de rouler mentonnière ouverte avec le C4 Pro. Simplement, en cas de gamelle, un assureur tatillon pourra vous escagasser à ce sujet.

Design Schuberth C4 Pro

Un casque modulable au design étudié en soufflerie. Et ça marche !

Et l’air devint fluide

Contact. Le gros flat bavarois s’ébroue. On va enfin pouvoir tester notre petit joujou en dynamique sur ma bécane complètement dépourvue de protection. Je confirme que le poids est tout à fait correct, même après 5 heures de roulage continu. Un ressenti que le C4 Pro doit particulièrement à son excellente stabilité aérodynamique. Avec lui, vous ne forcez pas sur vos cervicales pour le garder en position. Difficile de deviner ce genre de truc en lisant une fiche technique. Il a l’air de couler dans le flux d’air comme une goutte de pluie traversant l’atmosphère. On le sent, le travail en tunnel de soufflerie, là.

L’écran principal s’attrape facilement avec ses deux ailettes avant. Pratique pour le verrouiller fermé aussi. Et l’écran solaire se déploie avec fluidité. Ceux qui viennent d’un Schuberth C3 ne seront pas dépaysés par la position des différents curseurs. Mention spéciale pour la possibilité de régler ledit écran solaire interne en deux positions, selon la proéminence de votre nez.

Le Schuberth C4 Pro, un casque silencieux

Le digne successeur du C3 Pro question gestion du bruit ambiant

Silence, on roule !

Année après année, le C3 Pro restait le casque le plus silencieux qu’il m’ait été donné de porter. Même si ce « silence » (façon de parler) demeure insuffisant sur longs trajets et impose le port de bouchon d’oreille si on ne veut pas finir sourd dans 30 ans. M’enfin vous voyez un peu le truc. Même le GT Air 2 de Shoei, pourtant hyper bien étudié et bénéficiant d’une superbe réputation auprès de ses propriétaires, n’atteignait pas son niveau, à ma grande déception. Sur ce plan, le C4 Pro est le digne héritier du C3 Pro. Le bruit ambiant est vraiment maîtrisé. Les turbulences, qui causent le grondement classique des casques à haute vitesse, semblent sous contrôle. Il suffit de placer sa main devant le casque pour en générer et sentir la différence (c’est saisissant).

Bref, dans mon cas, sur mon roadster sans carénage ni bulle, c’est le casque calme plat. Bravo Schuberth ! Notez que d’après la marque, si votre bulle dirige le flux d’air précisément sur la partie basse du casque, le bilan acoustique pourrait ne pas être aussi flatteur. Je vous invite donc à vérifier où s’exerce le gros de la pression du vent quand vous êtes au guidon de votre bécane. De même, au vu de l’importance d’une bonne étanchéité à l’entrée du casque dans l’acoustique globale, n’hésitez pas à porter un tour de cou pour faire bouchon si vous avez un cou de poulet comme moi.

Ventilation supérieure Schuberth C4 Pro

La ventilation supérieure, facile à actionner et généreuse en air

Une ventilation plus efficace que sur le C3

Je n’ai testé l’aération qu’en hiver et en ce début de printemps ; mon avis est donc incomplet. Il me semble cependant que la circulation d’air est vraiment d’un bon niveau. La prise d’air supérieure du Schuberth C4 Pro rafraîchit efficacement l’équivalent de la surface d’une main au sommet de votre crâne (en gros), puis l’air descend en direction de la nuque. On sent clairement le courant d’air passer derrière la tête. L’absence d’extracteur d’air à l’arrière ne nuit donc pas à la circulation d’un flux à l’intérieur. Et surtout, elle se montre beaucoup plus facile à actionner sur l’une de ses 3 positions que celle du C3.

Ventilation mentonnière Schuberth C4 Pro

La ventilation de mentonnière fonctionne comme un bouton poussoir

La ventilation mentonnière aère pour sa part efficacement l’ensemble du visage, complétant aussi le désembuage de l’écran si nécessaire. Seul truc, elle s’ouvre à la moindre manipulation de la mentonnière ou de l’écran, un peu pénible. Une simple pression suffit à la refermer.

Pas de buée constatée avec mon roadster sans bulle, même à basse vitesse. Le Pinlock 120 – le top du segment – fait super bien son boulot. Et il est possible de retirer la bavette en cas de besoin pour améliorer la situation si besoin. En revanche, j’ai pu constater la formation inévitable de buée sur l’écran solaire quand il fait un peu frais. Un classique.

Schuberth C4 Pro et lunettes

Le C4 Pro, un casque parfait pour les porteurs de lunettes

La garantie 5 ans, pourquoi c’est bien

Dernier point et non des moindres : le Schuberth C4 Pro est garanti 5 ans. Non seulement c’est un argument qui vous met à l’abri en cas de souci, mais c’est aussi un gage de la confiance qu’a Schuberth dans son produit. Autrement dit, peu de chance que vous fassiez appel à nous dans cet intervalle. Enfin, 5 ans, c’est la durée de vie conseillée d’un casque moto, donc vous êtes couvert jusqu’au bout en cas de pépin. Enfin bon, ne le faites pas tomber par terre non plus, ça n’entre pas dans le champ de la garantie !

Poids4.5
Insonorisation5
Confort intérieur5
Qualité / Finition4.8
Manipulation de la mentonnière5
Ventilation4.5

Mon avis : Schuberth is back !

  Oubliez le C4 première mouture. Le Schuberth C4 Pro et plus largement les C4 Basic, Pro et Pro Carbon qui le remplacent font table rase du passé et repositionnent la marque allemande à sa place. Comprenez tout en haut de la catégorie des modulables GT. Confort, agrément, qualité perçue et surtout silence, on tient vraiment une référence du segment, là ! Un casque que je conseille sans réserve et qui à mon humble avis légitime son budget conséquent. À mon sens, le seul concurrent digne de ce nom reste le Shoei Neotec II, qui joue dans la même cour à bien des chapitres.
4.8

Partagez cet article

Loïc

Rédacteur et testeur pour Motoblouz, je suis fan inconditionnel de routes à virages. La moto est pour moi un moyen d'évasion comme un moyen de transport.